La réalité des refuges canins : Quand chaque adoption devient un vrai défi
En Belgique, chaque jour, environ 165 animaux sont abandonnés. Les nombreux refuges de Belgique tentent tant bien que mal d’aider ces rescapés, mais la quasi-totalité d’entre eux est aujourd’hui saturée. Aux abandons s’ajoutent les saisies et les chiens perdus, rendant la situation encore plus critique… Mais alors, une question se pose : comment les refuges gèrent-ils cette surpopulation de chiens à placer ? Comment font-ils pour vider les cages tout en assurant le bonheur de tous ces animaux de compagnies ? Anne, bénévole depuis plus de 20 ans au refuge « L’arche de Noé » à Maisières, nous partage son témoignage, entre désarroi et engagement pour offrir une seconde chance à ces compagnons à quatre pattes.
Lisa Robinet : Comment vivez-vous la saturation du refuge ?
Anne :C’est très compliqué. Aujourd’hui, notre refuge est complet : comme tous, et comme toujours. Les abandons n’arrêtent pas, mais on n’a pas le choix malheureusement. Chez nous, il n’y a pas d’euthanasie, pour qu’un chien soir accueilli, il faut qu’une cage se libère, et donc qu’il y ait une adoption. Nous sommes obligés de refuser des chiens, nous ne pouvons pas les renvoyer vers d’autres refuges, car nous savons qu’ils sont tous complets. Nous demandons alors au propriétaire de patienter jusqu’à ce que nous puissions recevoir son animal de compagnie. Quand ce sont des chiens qui sont saisis, en général, nous nous arrangeons avec d’autres refuges, car c’est souvent un nombre conséquent de rescapés et nous ne pourrions pas tout assumer seul.
Est-ce que le fait que le refuge soit saturé facilite vos prises de décisions quant à l’adoption ?
Surtout pas, nous ne bradons pas les chiens. Nous mettons un point d’honneur à ne pas laisser les animaux à n’importe qui, ce n’est pas possible, ils ont déjà été suffisamment malheureux.
Nous essayons simplement de procéder à la préinspection très vite pour que l’adoption se fasse rapidement.
Il y a parfois des chiens qui reviennent après des années, d’autres quelques semaines. Il y en a même que nous devons aller rechercher, et là, c’est dramatique pour le chien et pour nous.
Nous essayons pourtant de donner un maximum de conseils, de rester à disposition en cas de questions, mais cela ne suffit parfois pas. Nous savons que certains chiens ne sont pas faciles, ils sont traumatisés par leur passé, mais nous n’avons pas de chiens agressifs, nous essayons au maximum de les sociabiliser.
Dernièrement, nous avons eu un cas catastrophique : un couple qui avait adopté deux montagnes des Pyrénées. Ils avaient déjà beaucoup d’animaux dont ils s’occupaient bien. Mais en ajoutant deux chiens, il était devenu difficile pour eux de suivre financièrement : les deux toutous avaient la peau sur les os. Nous nous en sommes aperçus lors de l’inspection post-adoption, nous les avons donc ramenés au refuge. La première chose qu’ils ont faite quand ils sont arrivés, c’est manger, ils se sont jetés sur leurs gamelles. J’ai vraiment vu des étoiles dans leurs yeux quand ils nous ont vus, moi et les bénévoles. Le malheur était fini pour eux, mais déjà pour la deuxième fois…
« Chaque jour, nous promenons les chiens » ©L’Arche de Noé, Facebook, 2025
Roucky, rescapé de l’Arche de Noé a trouvé sa famille en 2019. ©Lisa Robinet, 2019
Comment évaluez-vous les familles demandeuses, concrètement ?
Nous vérifions chaque famille en demande d’adoption. D’abord, ils viennent voir les animaux, nous discutons beaucoup de leurs envies, de leurs attentes et de leurs situations. Nous qui connaissons la personnalité des chiens, nous leur en recommandons certains, en déconseillons d’autres.
Ensuite, nous procédons à une préinspection, nous allons dans la maison familiale, nous vérifions la salubrité, les clôtures, les extérieurs. Nous cherchons à optimiser l’épanouissement du chien en fonction de sa personnalité, de son énergie, de son âge, de ses habitudes, etc.
Une fois la préinspection validée, nous proposons à la famille de venir rencontrer le chien une seconde fois et de passer un moment privilégié avec lui lors d’une promenade accompagnée par un bénévole. C’est à ce moment-là qu’ils remarquent si le courant passe et s’ils veulent poursuivre la démarche d’adoption.
Si c’est le cas, nous leur faisons signer un contrat qui précise qu’en cas de soucis, le chien doit revenir au refuge et nulle part ailleurs, qu’il doit être stérilisé, et un tas d’autres clauses. La famille rentre alors à la maison avec le chien ce jour-là.
Pour finir, quelques semaines après l’adoption, nous allons faire une inspection finale. Parfois, nous la faisons en surprise et parfois nous passons un coup de téléphone au préalable. Et c’est là que notre décision finale est rendue : la famille garde son nouveau compagnon à quatre pattes ou pas.
Y a-t-il certains critères non négociables ?
Les critères dépendant vraiment du chien, de sa personnalité, et de la situation des adoptants. Un chien qui a été frappé par des enfants dans son ancienne vie, nous ne le confierons pas à une famille avec des enfants, c’est évident.
La seule chose que nous refusons, ce sont les personnes âgées qui veulent adopter un jeune chien plein d’énergie. Nous avons eu trop de cas où ils ne savaient pas s’en occuper. Ce sont quasiment systématiquement des retours, alors maintenant nous limitons vraiment.
La seule chose que nous voulons éviter, c’est que le chien doive revenir au refuge, encore.
Comment vous assurez-vous de la fiabilité des adoptants ? Pour éviter les retours justement.
Il n’y a pas de recette miracle, nous discutons énormément, mais nous ne sommes jamais sûrs de rien. Malheureusement, parfois, nous sommes trompés. Je pense qu’on ne peut faire confiance à personne normalement, mais ici, on est bien obligés.
Par contre, dès que nous sentons un petit problème, nous refusons directement. Nous préférons ne pas prendre de risque pour éviter au chien une seconde vie de malheur, et des aller-retour au refuge.
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